Le wallon est-il une langue ou un dialecte ?

LA page consacrée aux belgicismes opposant les trois langues nationale parlées en Belgique aux «dialectes», plusieurs messages sont arrivés pour rappeler que le wallon était une langue à part entière. Ces messages n'apportant aucune argumentation, je n'ai pu être remis sur le droit chemin. Après quelques recherches, je pense qu'il s'agit en fait d'une querelle du type «sexe des anges».

Le Larousse définit le dialecte comme un

Ensemble de parlers qui présentent des particularités communes et dont les traits caractéristiques dominants sont sensibles aux usagers.

Il s'agit selon le Littré du

Parler d'une contrée, d'un pays étendu, ne différant des parlers voisins que par des changements peu considérables qui n'empêchent pas que de dialecte à dialecte on ne se comprenne, et comportant une complète culture littéraire.

Nous ne voyons là aucune raison d'y voir une nuance dépréciant le dialecte par rapport à une langue.

Sans mouvement de population s'installerait un continuum linguistique

Par acculturation réciproque, les langues de populations voisines tendraient à s'influencer, à partager du vocabulaire et des tournures idiomatiques. Par exemple, du sud vers le nord de la francophonie européenne, on constate un plus grand pourcentage d'antépositions de l'adjectif dans les toponymes : Châteauneuf dans le sud, Neufchatel ou Neufchateau vers le nord ou le nord-est, sous l'influence des parlers germaniques, mais cela ne passe pas d'un coup d'une forme de composition à l'autre.

Dès lors, les langues finiraient avec le temps par se fondre les unes dans les autres, l'éloignement entre deux langages dépendant de la distance. Actuellement, la mondialisation augmenterait l'intercompréhension des langues.

En corollaire, la différenciation des langues viendrait de la dérive linguistique de peuples isolés… ou de l'hégémonie d'un parler particulier, comme dans le cas de la généralisation du parler de l'Île-de-France dans toute la France ou l'unification des langues allemandes par la Bible de Luther.

La notion de langue intervient dans le contexte des États-Nations

Lors des mariages princiers, des régions entières passaient d'un État à l'autre sans qu'il y eût de changements notables des parlers régionaux : quelques mots de vocabulaire tout au plus passent de la langue du nouveau prince dans la région nouvellement annexée (rapprocher la «caricole» bruxelloise du «caracol» espagnol). Mais avec l'avènement du centralisme jacobin en France, puis des États-Nations, la langue de la capitale et des dominants s'est imposée au détriment des langues périphériques ou populaires, uniformisant le parler à l'intérieur des frontières.

«Une langue est un dialecte avec une armée et une flotte.» - Max Weinreich (1894-1969)

Les nationalismes insistent sur l'importance de la langue (Flandre, Catalogne, Bretagne, Pays basque, Occitanie…), ce qui explique que le mot «dialecte» a pris pour ces «indépendantistes» une coloration péjorative.

Le wallon est-il une langue ?

Le blog wallon-1-langue-466-preuves.skynetblogs.be (site encore actif en mars 2016, fermeture constatée en août 2018) a été créé pour prouver que le wallon est une langue, tout en conservant la différence entre langue et dialecte ! Il énonçait les huit langues latines canoniques : portugais, espagnol (castillan), catalan, occitan (dont les dialectes auvergnat, gascon, languedocien, limousin, provençal, quercinol…), romanche (reconnu et enseigné en Suisse), italien, roumain, français (dont l'officiel provient de l'Île-de-France, bourguignon, champenois, franc-comtois, lorrain, normand, picard, dont le rouchi est une variété).

Le wallon était proposé comme neuvième langue latine, avec tout de même un point d'interrogation. Il est donc opposable au sous-dialecte rouchi, et ne parle pas du wallo-picard, le parler de la région du Centre (La Louvière) qui devrait alors être un bâtard entre une langue et un dialecte.

Ce site proposait 466 différences grammaticales séparant le wallon du français, parmi lesquelles la fameuse antéposition de l'adjectif et la proposition infinitive, qui suffiraient à prouver que le wallon est bien une langue à part entière, mais sans préciser le nombre de traits particuliers qu'un dialecte doit accumuler pour obtenir le statut de langue. Tant qu'on évite soigneusement de définir ce qu'est une langue et ce qu'est un dialecte, toute prise de position reste arbitraire.

Toujours est-il qu'en absence d'arguments, je ne reviendrai pas sur cette problématique. Mais sachez que je n'ai absolument rien contre le wallon, que je veux bien entendre appeler «langue régionale» comme sur ce blog.