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Les religions et l'athéisme en chiffres

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A religion est à la mode: «retour du religieux» dans les titres de revues ou magazines, coming-out de people sur les médias, multiplication de chapelles évangélistes et pentecôtistes, prédicateurs dans le métro, foulards et grosses croix, nombreux sites sur Internet... La place réelle de la religion dans le monde est néanmoins à relativiser.

1. Répartition des religions dans le monde

2. Croyance et athéisme en Europe

2.1 Belgique, 1996
2.2 Belgique, de 1981 à 2009
2.3 Flandres, 2008

1. Répartition des religions dans le monde

Selon l'Atlas géopolitique & culturel du Petit Robert des Noms propres (1999, Dictionnaires le Robert), le monde comportait à la fin du siècle dernier 1.955 millions de chrétiens (981M de catholiques, 473M de protestants, 218M d'orthodoxes et 282M de divers) pour un peu plus de 1.126 millions de musulmans (946M de sunnites et 180M de chiites). Viendraient ensuite 791 millions d'hindouistes, 325M de bouddhistes, 226M de confucianistes et taoïstes, 103M d'animistes, 14M de juifs et 3M de shintoïstes.

Toutes ces personnes représentent 4 milliards 543 millions de personnes, et comme l'ONU a fêté le 6 milliardième humain en octobre 1999, on peut considérer que tous ces croyants totalisent les trois quart de l'humanité. En théorie.

De grosses imprécisions méthodologiques sont à déplorer: le mode de comptabilisation n'est pas même évoqué, si ce n'est que certains pays considèrent que tous leurs ressortissants sont de la religion officiellement reconnue.

Par ailleurs, l'Église catholique se base sur les baptêmes, à savoir l'entrée dans la religion que les parents ont décidée pour leurs enfants, souvent par tradition. Le nombre de baptêmes allant décroissant (de plus de 90% en 1967 à 50% en 2008), on peut supposer qu'il y a moins de croyants que de baptisés. Par ailleurs, l'Église catholique est-elle informée annuellement des catholiques décédés?

Enfin, un reconverti sera probablement comptabilisé deux fois: dans sa religion d'origine et dans sa religion de conversion, ce qui augmente encore les statistiques.

Ces imprécisions expliquent comment l'Église romaine revendique un milliard deux cent millions de catholiques (chiffre martelé par la hiérarchie et par Frédéric Lenoir): il s'agit en fait des «baptisés», qu'il ne faut pas confondre avec les croyants, et encore moins avec les «fidèles».

Le Cambodge est le seul pays officiellement bouddhiste, le Népal le seul officiellement hindouiste; Haïti, le Panama, le Paraguay, le Salvador (et, on le supposera, le Vatican) sont officiellement catholiques; le Danemark, l'Islande, la Norvège et la Suède sont officiellement luthériens; le Royaume-Uni est anglican et le Liberia, chrétien. Les pays musulmans le sont souvent officiellement.

Certains pays sans confession officielle financent néanmmoins la religion de façon importante : l'Allemagne, la Belgique, la Finlande, l'Espagne et la Suisse; la République Dominicaine, le Surinam et le Vénézuela; Israël et la Turquie; le Bouthan, l'Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande.

D'autres, qui ne reconnaissent aucune religion ni n'en finance le culte, sont néanmoins marqués profondément par la religion, comme quasi toutes les Amériques, l'Autriche, la Pologne, la Russie, parfois au point d'en favoriser une: le Bengladesh, la Bolivie, la Bulgarie, la Birmanie-Myanmar, l'Inde, la Mongolie, la Thaïlande, l'Uruguay.

La Chine, Cuba, la Corée du Nord, le Laos et le Viet-Nam se réclament de l'athéisme, qui est par contre interdit en Indonésie (autant le savoir).

Beaucoup de pays ne semblent pas lier officiellement leur politique aux religions: le Canada, la majorité des pays africains subsahariens, la France (qui finance pourtant le culte en Alsace et dans les DOM-TOM), beaucoup de pays d'Europe centrale, les pays de l'ex-URSS (sauf la Russie), la Corée du Sud, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Sri-Lanka, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Néanmoins, les USA affichent «In God we trust» sur leurs billets de banque et l'on y prête serment traditionnellement sur une bible.

2. Croyance et athéisme en Europe

Il semble parfois difficile d'avoir une idée précise du pourcentage d'athées dans les pays européens, qui dépend de la question posée. Yves Lambert («L'Europe des "athées convaincus"», Le monde des religions n°15, janvier-février 2006, p. 30-31) parle de 14% d'athées convaincus en France (8% en Belgique) selon l'Enquête sur les Valeurs des Européen de 1999. Mais à la question «Croyez-vous en Dieu?», 35% des Français répondent «non» (pour 56% de «oui»), ce qui pose la question de l'utilité de la catégorie «athées convaincus» si elle n'est pas assortie de celle de «croyants convaincus».

La catégorie «athée convaincu» n'est par ailleurs pas heureuse, le terme «convaincu» semblant y ajouter une conviction proche de la foi. Est athée qui vit sans dieu – même sans y penser –, et pour ceux qui veulent finasser sur l'impossiblité de prendre position sur un concept aussi fuyant que celui de «Dieu», il existe la catégorie «agnostique».

Si l'on se fie à l'Eurobaromètre 2005 repris par Wikipedia, la France compte de 30 à 35% d'athées (la Belgique de 25 à 30%), ce qui ne veut pas dire non plus que le reste croient nécessai­rement en Dieu. Il semble donc qu'il faille parfois lire entre les lignes. Heureusement, des enquêtes et des études existent, qui nous permettent de répondre à la question.

2.1 Belgique, 1996

Ch. Delhez et R. Reszohazy, Il était une foi, fidélité/Racine, 1996, p16
Sur le plan religieux, comment vous considérez-vous?
BelgesFranc.Flam.
Croyant et pratiquant21%15%25%
Croyant et non pratiquant33%39%28%
non croyant et pratiquant1%1%1%
non croyant mais attachés aux tradi-
tions religieuses (baptême, mariage)
12%7%16%
non croyant, non attaché aux traditions27%29%25%
opposés à toute religion6%8%5%
Total1500620880

Dans leur ouvrage Il était une foi (fidélité/Racine, 1996), les sociologues chrétiens Charles Delhez et Rudolf Reszohazy donnent à la page 16 les pourcentages de six catégories d'auto-identification religieuse de la population belge, ventilées en francophones et néerlandophones.

Ces chiffres donnent, pour l'ensemble de la Belgique, 54% de croyants, les chiffres des francophones et néerlandophones ne différant que pour la participation au culte. Les catégories «non croyants» attachés ou non aux traditions totalisent 39% de personnes, sans la traditionnelle séparation entre athées éventuellement «convaincus» et agnostiques. Cela fait 40% d'incroyant si on y ajoute le pour cent incroyants pratiquant.

Pour le reste, il est difficile de savoir ce que signifient ces chiffres, ces catégories mélangeant croyance, religion, culte et tradition. Ainsi, les «opposés à toute religion» ne correspondent pas nécessairement aux athées convaincus: des croyants peuvent penser que les religions nuisent à la spiritualité. Il est néanmoins possible qu'une partie de ces 6% soient athées, par le fait que 43% des Belges pensent que la religion est dangereuse (Ch. Delhez et R. Reszohazy, Il était une foi, fidélité/Racine, 1996, p45).

2.2 Belgique, de 1981 à 2009

La dernière publication pour la Belgique de l'étude sur les Valeurs européennes (Liliane Voyé, Karel Dobbelaere et Koen Abts, Autres temps, autres moeurs, Racine Campus, 2012) nous donne un tableau des différentes affiliations (page 147):

Catholiques: 50% - Autres chrétiens: 2,5% - Juifs: 0,4% - Musulmans: 5% - Bouddhistes: 0,3% - Athées: 9,2% - Sans appartenance religieuse: 32,6%.

Les catholiques comptaient pour 72% en 1981, et un Belge sur 25 se disait alors athée; l'ouvrage indique une évolution, de 1981 à 2009, de 24% à 42% de «personnes sans appartenance religieuse et d'athées» (p147). Nous retrouvons cette mise au même niveau des «athée» et des «sans appartenance religieuse», alors que religion et croyance en Dieu ne sont confondues que dans un mode de pensée monothéiste.

Fort heureusement, un tableau (p153) donne les résultats concernant la notion «Dieu»:

Dieu est...   1981199019992009
une personne 39%29%26%18%
 une force ou un esprit 24%20%36%37%
ne sait que penser 15%29%20%23%
ne croit pas en Dieu 8%14%16%21%
pas de réponse 14%8%2%1%

...et là, tout s'éclaire: 21% de personnes déclarent en 2009 ne pas croire en Dieu, ce qui est bien plus large que les 9,2% d'athées déclarés.

Vous trouverez plus de détails sur la page consacrée à l'évolution en Belgique.

2.3 Flandre, 2008

Le volet Flandres de l'International Social Survey Program 2008 - Religion III nous offre une photographie plus précise de l'état de la croyance et des religions dans la partie nord de la Belgique. Délaissant les catégories confuses «athées convaincus» ou «sans appartenance religieuse», voici une première répartition des Flamands selon leur rapport à Dieu.

Note: suite à l'utilisation de la pondération proposée dans les données, les effectifs proviennent d'arrondis, dont l'accumulation peut s'élever à quelques unités.

Athée21116,9%
Agnostique19115,3%
Force supérieure20816,6%
Parfois oui, parfois non16913,5%
Y croit malgré des doutes22017,6%
Y croit sans aucun doute17614,1%
NSP/NRP756,0%
Total1250100,0%

Items ISSP 2008 - Religion III (GESIS Study N° 4950) Variable Report, p87

I don't believe in God
I don't know whether there is a God and I don't believe there is any way to find out
I don't believe in a personal God, but I do believe in a Higher Power of some kind
I find myself believing in God some of the time, but not at others
While I have doubts, I feel that I do believe in God
I know God really exists and I have no doubts about it
Don't know
No answer

Cette enquête donne également une idée de l'évolution individuelle de la croyance en croisant croyance et non-croyance avec avant et maintenant. Cette façon de faire est assez schématique, il n'est donc pas étonnant que 22% de personnes n'y aient pas répondu. Cette dichotomisation produit des catégories tranchées: les athées et agnostiques, totalisant 32% dans le tableau précédent, montent ici à 39%, tout comme l'ensemble des croyants avec ou sans doutes. Par ailleurs, l'évolution vers la non-croyance est bien plus fréquente que la conversion: le retour du religieux ne semble donc pas comporter un mouvement massif de conversion.

N'y croient pas, n'y ont jamais cru22417,9%
Y ont cru, mais n'y croient plus26521,2%
N'y croyaient pas, mais y croient171,4%
Y croient et y ont toujours cru47037,5%
NSP (257) / NRP (19)27622,0%
Total1252100,0%

Items ISSP 2008 - Religion III (GESIS Study N° 4950) Variable Report, p89

I don't believe in God now and I never have
I don't believe in God now, but I used to
I believe in God now, but I didn't use to
I believe in God now and I always have

Il était tentant de croiser la première répartition avec la trajectoire des répondants. Les non-croyants «de souche» se sont généralement placés parmi les athées, tandis que davantage d'anciens croyants se sont inscrits parmi les agnostiques et ceux qui croient en une force supérieure. Les croyants en une force supérieure se sont très majoritairement inscrits parmi les non-croyants, comme si «croire» signifiait plus précisément «en un dieu personnel». Le choix était bien entendu difficile pour ceux qui croient parfois; ils se placent le plus souvent parmi ceux croyant depuis toujours et moins souvent parmi ceux qui ne croient plus.

Nous pouvons égalemnt voir le très faible nombre de conversions.

Ce croisement permet de contrôler la cohérence des réponses: on s'étonnera par exemple que 8 des 209 athées déclarent croire depuis toujours et que 9 agnostiques sur 137 affirment croire, depuis toujours ou non. Le fait que ces chiffres ne concernent plus que 960 répondants vient du cumul des NSP/NRP à l'une ou à l'autre des questions.

N=960AthéesAgnost.Force sup.ParfoisAvec douteSans douteTotal
N'ont jamais cru1454133220223
Ne croient plus5687753480260
Croient maintenant04282117
Ont toujours cru853763176171460
Total209137147107188172960

La vie après la mort

Après la croyance en Dieu, si importante pour les monothéistes, voyons les attitudes des personnes interrogées face à ce qui devrait être leur plus grand espoir, la vie éternelle: «Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle (Jn 3:16, Bible de Jérusalem).

Sans surprise, l'item très général de la vie après la mort affiche les plus grandes fréquences chez les «croyants sans doute» (70%); les «croyants avec doute» (40%) et les «croyants en une force supérieure» (38%) arrivant ensuite, puis, plus loin, ceux qui croient parfois (22%). Les (faibles) fréquences chez les athées et agnostiques s'expliquent probablement par le fait que la réincarnation ne requiert pas un dieu, l'athéisme et l'agnosticisme n'étant pas nécessairement matérialistes.

Le grand nombre de «croyants sans doute» (30%) ne croyant pas en la vie éternelle aurait pu trouver une explication dans le fait que l'imprécis «Vie après la mort» pourrait évoquer une autre vie après celle-ci et suggérer le phénomène de réincarnation. Cette hypothèse est néanmoins démentie par le fait que seuls 67% des «croyants sans doute» croient au Paradis, soit un peu moins que la vie après la mort. Tout aussi étonnant sont les 4% d'athées et 5% d'agnostiques qui croient au paradis, notion qui semble liée aux religions chrétiennes et musulmanes.

Les différents croyants adhèrent moins à l'enfer qu'au paradis, jusqu'à la moitié pour les croyants avec doutes, les doutes permettant peut-être de sélectionner ses croyances. N'étaient les très faibles effectifs qui rendent les chiffres peu sûrs, les agnostiques semblent plus optimistes que les athées, qui semblent croire autant à l'enfer qu'au paradis.

Les chiffres sur la croyance en la réincarnation nous permettent de confirmer ce que Delhez et Reszohazy avaient déjà remarqué dans leur ouvrage Il était une foi (Racine/Fidélité, 1996, p82): en 1999, un tiers des pratiquant croyaient en la réincarnation, pour 28% des non-pratiquants, et 12% des non-croyants. Tout en étant conscient que les pratiquants et les «croyants sans doute» ne se recouvrent pas entièrement (les pratiquants étant moins nombreux et probablement plus fervents), nous voyons qu'à part les personnes croyant en une «force supérieure», la croyance en la réincarnation augmente avec la foi dans un dieu personnel.

AthéesAgnost.Force sup.ParfoisAvec douteSans douteTotal
Vie après la mort (1086)7,8%13,0%38,0%21,8%39,5%70,4%31,0%
Y croient1623733477114337
N'y croient pas18815411912211848749
Paradis (1065)4,0%5,1%15,7%17,6%31,6%67,3%22,1%
Y croient89312759101235
N'y croient pas19316716712612849830
Enfer (1039)3,8%0,6%9,2%11,1%15,6%43,8%13,0%
Y croient7118172963135
N'y croient pas17717517813615781904
Réincarnation (1072)10,1%9,6%23,9%10,4%13,0%20,8%14,6%
Y croient201747162532157
N'y croient pas179160150138167122916

Le croisement des variables «croyance en la réincarnation» et «pratique religieuse» nous donne des fréquences moins prononcées que celles de 1996. On notera l'embarras de répondre de la part de ceux qui ne vont jamais au culte, et plus encore des pratiquants réguliers. Ce n'est pas tant la légère supériorité de la croyance en la réincarnation de la part des pratiquants qui étonne, mais le fait que cette croyance soit contraire à la foi monothéiste: les chrétiens et musulmans sont supposés n'avoir qu'une vie pour faire leurs preuves pour mériter leur paradis. Nous avons néanmoins vu que 70% seulement des «croyants sans doute» croient au paradis. Par ailleurs, 8 personnes sur 38 ne peuvent assurer un pourcentage très robuste.

Jamaisjusqu'à 1X / mois> 1X par mois
Fréquence de pratique749: 59,4%354: 35,9%59:   4,7%
Croyance à la réincarnation101 /583: 14,8%52 /326: 13,8%8 /38: 17,4%
Fréquence de réponse77,8%92,1%64,4%

La première ligne donne les pourcentages relatifs des non pratiquants, des pratiquants sporadiques (de moins d'une fois par année à une fois par mois), et des pratiquants plus réguliers, à partir de deux fois par mois. La seconde ligne donne pour chacune des catégories le nombre de croyants à la réincarnation et de ceux qui y répondent. La troisième ligne donne pour chacune des catégories le pourcentage des personnes qui ont donné une réponse.