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Marie

M

ARIE est certainement une figure incontournable du catholicisme et de l'orthodoxie. Un grand mystère reste concernant les nombreuses Marie qui peuplent les évangiles, comme le fait remarquer Marc Hallet. De celles-là émerge bien sûr la mère de Dieu et de l'Église, son culte n'ayant cessé de croître au fil des siècles. Ses débuts furent pourtant assez obscurs, n'apparaissant surtout que dans les deux évangiles consacrant leur début à l'enfance, n'étant mentionnée qu'une fois dans les Actes des Apôtres et restant entièrement inconnue des épîtres.

Nous commencerons néanmoins par parler de Joseph, petit détour qui nous permettra de saisir le contraste entre les deux parents de Jésus.

Joseph

Le père de Jésus

Joseph n'est important que pour Matthieu et Luc, qui seuls parlent de la lignée et de la naissance de Jésus. Dans les généalogies, Joseph, père de Jésus, est soit fils de Jacob (Mt 1:16), soit de Héli (Lc 3:23).

Pour Matthieu, il sert de père putatif, rassuré en songe par le fait que Marie est enceinte du saint esprit (Mt 1:20). C'est encore en songe que Joseph reçoit l'ordre d'emmener son fils en Égypte, Hérode voulant tuer les nouveaux-nés pour protéger sa royauté (Mt 2:13), et qu'il peut enfin revenir lors de la mort du roi (Mt 2:19).

Ces fait sont ignorés de Luc, qui par contre emmène Joseph et sa famille à Bethléem pour un recensement, ce qui permet l'accouchement dans une étable et l'adoration par les bergers (Lc 2:1-16) et non par les mages (Mt 2:1-12). Luc parle encore de la famille, mais sous le vocable «parents», lors de la purification au temple (Lc 2:21-24), de la prophétie de Syméon (Lc 2:25-33) et de l'escapade de Jésus au temple douze années plus tard (Lc 2:41-50).

Marc ne mentionne jamais Joseph, ni le père de Jésus, ni même sous le vocable collectif «parents».

Joseph n'est nommé que deux fois par Jean. La première fois lors du recrutement de Nathanaèl par Philippe, où Jésus est dit fils de Joseph, de Nazareth (Jn 1:45). La seconde est la stupeur dont parlent les quatre évangélistes suite aux prodiges de Jésus, se demandant s'il s'agit bien du Jésus qu'ils connaissent. Pour Luc et Jean, les gens se demandent: «est-ce bien le fils de Joseph?» (Lc 4:22, Jn 6:42).

À ce propos, Marc n'évoque pas plus le père de Jésus: «Celui-là n'est-il pas le charpentier?», nommant pourtant Marie et les frères, et évoquant les sœurs. Matthieu ne nomme pas Joseph à cette occasion, mais lui accorde une profession: «n'est-il pas le fils du charpentier?», tout en nommant Marie, les frères de Jésus, et évoquant ses sœurs (Mc 6:3).

Ce qu'il faut retenir, c'est que Marc ne parle nulle part d'un père terrestre pour Jésus, même lors de l'épisode où les trois autres canoniques se demande s'il s'agit bien du fils de Joseph ou du charpentier. Mathieu le nomme sept fois, et Luc quatre fois durant la partie enfance de Jésus, Jean une fois lors du recrutement de Nathanaèl. Ces trois derniers évangélistes le nomme ensuite une fois seulement lors de la scène de l'étonnement.

D'habitude, Matthieu et Luc complètent Marc. Mais ici, le seul point à peu près commun est la scène de l'étonnement, encore que ce n'est pas la transmission du prénom pour Matthieu, qui ne le connaît que pour l'enfance. Et pour Jean, la seule mention est celle du recrutement de Nathanaèl.

Les autres Joseph

Plusieurs Joseph reviennent dans les évangiles. Le premier à intervenir (sous le nom de Joset chez Marc) est un des frères de Jésus, avec Jacques, Simon et Jude (Mt 13:55, Mc 6:3) lors de la stupeur de la foule face aux prodiges de Jésus. Le second est un peu plus problématique. Parmi les témoins de la mort de Jésus, Matthieu cite «Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.» (Mt 27:56) S'il s'agit de la Mère de Jésus et de Simon, on comprend mal pourquoi elle ne serait pas citée en premier lieu, avant Marie de Magdala. Marc précise d'ailleurs dans les mêmes circonstances Marie mère de Jacques le petit et de Joset (Mc 15:40).

Les quatre évangiles parlent également de Joseph d'Arimathie, disciple qui vient réclamer le corps de Jésus à Pilate. Il s'agit d'un homme riche (Mt 27:57) ou d'un membre notable du Conseil (Mc 15:43, Lc 23:50) n'ayant pas voulu la mort de Jésus (Lc 23:50). C'est ce Joseph, qui n'est connu que pour cet épisode, qui roule le corps dans un linceul et le place dans le tombeau (Mc 15:46, Jn 19:42), une pierre obstrue ensuite le sépulcre (Mt 27:60, Mc 15:46).

Si Matthieu n'évoque nulle part d'autres Joseph que son père dans les 42 générations de sa généalogie (Mt 1:1-16), Luc en trouve deux autres parmi les 77 membres de la lignée de Jésus et de son père (Lc 3:24 et Lc 3:30). Jean évoque Joseph qui avait reçu une terre de son père Jacob (Jn 4:5). Les Actes des Apôtres résument les tribulations du peuple d'Israël du patriarche Joseph, fils de Jacob, à Josué, en passant par Moïse et la fuite d'Égypte (Ac 7:9-45).

Les Actes des Apôtres mentionnent encore un Joseph dit Barsabbas, candidat malheureux du tirage au sort pour désigner le remplacement de Judas (Ac 1:23), et un Joseph dit Barnabé, qui offre le produit de la vente de son champ à la communauté (Ac 4:36). Ils résument encore (Ac 7:9-18) de l'histoire du patriarche Joseph, dont il est longuement question dans la Genèse.

Joseph, fils préféré de Jacob et jalousé par ses onze frères, est vendu à des marchands, sur une idée de... Juda. Acheté par le pharaon, il le sert si bien qu'il devient vice-roi d'Égypte, s'avisant de faire des réserves lors de sept années d'abondance; précédent sept années de pénuries. Lors de la grande famine qui s'ensuivit, il propose à ses frères venus demander l'aumône de s'installer en Égypte (Gn 37-42).

Nous voyons que les Joseph sont souvent des personnages généreux, sauvant de la famine (le patriarche fils de Jacob), faisant don d'une sépulture (Joseph d'Arimathie) ou d'argent (le surnommé Barnabé). Il n'est donc pas étonnant qu'un Joseph prenne le risque de recueillir une fille-mère, la sauvant probablement d'une mort par lapidation.

Par ailleurs, si c'est Moïse qui libère le peuple d'Égypte et le guide quarante années dans le désert, c'est Josué qui conquiert le pays de Canaan et installe les douze tribus sur la terre promise. La parenté entre les noms Joseph, Josué et Jésus n'est peut-être pas fortuite, comme l'affirm Marc Hallet.

Occurrences de la mention des parents de Jésus dans le nouveau testament

Nb versets79571071678115187910063172
NTMtMcLcJnAcReste
Joseph15762
%0,20,70,50,2
Marie1951121
%0,20,50,11,40,1

Notons que Marc mentionne par deux fois la «mère» (de Jésus), et Jean six fois.

Marie

Mère de Jésus

Les évanglistes qui en parlent le plus sont logiquement Matthieu et Luc, qui nous racontent l'enfance de Jésus. Pour Matthieu, Joseph est averti par l'Ange du Seigneur que Marie, vierge, est enceinte du Saint Esprit (Mt 1:18-25) tandis que pour Luc, l'ange est nommé Gabriel, et celui-ci s'adresse directement à Marie (Lc 1:26-38).

Jean, qui à l'instar de Marc ne parle pas de l'enfance de Jésus, parle au second chapitre de la «mère de Jésus», sans la nommer, dans l'épisode des noces de Cana, son premier miracle, ignoré des autres évangélistes, où il change de l'eau en vin.

Une histoire présente chez les trois synoptiques concernent le rejet de sa famille. Alors que Jésus est en train d'enseigner à la foule, sa mère (non nommée) et ses frères, tenus à l'écart, le réclament. La réaction de Jésus est nette: sa mère et ses frères, c'est-à-dire sa vraie famille, sont ceux qui l'écoutent (Mt 12:46-50, Mc 3:31-35 et Lc 8:19-21).

Seul Jean dit clairement que la mère de Jésus est près de la croix juste avant la mort de Jésus, au moment où il confie sa mère au «disciple qu'il aimait» (Jn 19:25-27). Les synoptiques ne disposent personne près de la croix: tout le monde observe de loin. Luc est le plus vague, qui mentionne tous ses amis et les femmes qui l'accompagnaient depuis la Galilée en Lc 23:49. Les deux autres sont plus problématiques. Matthieu nomme trois femmes, dont Marie, mère de Jacques et Joseph (Mt 27:56). Or le même évangile attribue à Jésus Marie comme mère et Jacques, Joseph, Simon et Jude comme frères en Mt 13:55. Le parallélisme est frappant en Mc 15:40 où parmi les femmes se trouve Marie, mère de Joset, dont il n'est question qu'au moment où Jésus est reconnu comme fils de Marie et frère de Jacques, de Joset, de Jude et de Simon (Mc 6:3).

Pour la résurrection, il n'est pas question de la mère de Jésus chez Jean. Pour Luc, Marie, mère de Jacques, est témoin du tombeau vide (Lc 24:10). Pour Matthieu, Marie, mère de Jacques et de Joseph est nommée plus loin l'«autre Marie» (Mt 27:61), ce qui serait étrange pour la mère de Jésus. Cette «autre Marie» est une des deux témoins de la résurrection de Jésus (Mt 28:1-7), mais Marc ne la mentionne pas (Mc 16:9).

Finalement, s'il est question d'une mère de Jésus, elle n'est pratiquement nommée qu'aux deux premiers chapitres de Luc et Matthieu, ce dernier la nommant également en Mt 13:55 lors de l'épisode d'un rappel des noms de parents, qui donne à Marc l'unique occasion de l'appeler par son nom. Jean ignore complètement son prénom.

En dehors des évangiles, Marie n'est nommément citée qu'au début des Actes des apôtres dans une activité de prières (Ac 1:14), et est complètement ignorée des épîtres et de l'Apocalypse.

Marie de Magdala

Marie de Magdala est connue comme une pécheresse dont Jésus a chassé sept démons (Lc 8:2, Mc 16:9). Luc est cependant le seul évangéliste à ne pas la mentionner directement comme témoin de la mort sur la croix, alors que Matthieu la nomme première parmi quatre femmes (Mt 27:56), puis la première des deux s'asseyant devant le tombeau (Mt 27:61); Marc la nomme première entre trois femmes témoins (Mc 15:40) et la première des deux femmes qui s'inquiètent de savoir où l'on a placé le corps (Mc 15:47); Jean la cite également, mais comme quatrième des femmes près de la croix au moment de la mort de Jésus (Jn 19:25).

C'est encore Marie de Magdala la première nommée des deux femmes qui se rendent le lendemain du Sabbat au tombeau de Jésus, y voient l'ange annonçant la résurrection, constatent le tombeau vide et rencontrent Jésus lorsqu'elle vont annoncer la nouvelle aux apôtres (Mt 28:1-9). Pour Marc, c'est la première des trois femmes nommées qui constatent le tombeau vide et un jeune homme qui leur annonce la résurrection (Mc 16:1-7), mais c'est surtout la première à qui Jésus apparaît (Mc 16:9).

Luc raconte la même histoire, utilisant le nom collectif «les femmes», citant finalement trois femmes dont Marie de Magdala est la première (Lc 24:10). Comme Marc, Jean laisse à Marie de Magdala l'insigne honneur de découvrir seule la tombe vide (Jn 20:1), puis les anges et enfin Jésus (Jn 20:12-16).

Ce qui frappe, c'est qu'à part une mention de «Marie la Magdaléenne» (Lc 8:2), cette femme n'apparaît que lors des épisodes de la mort et la résurrection de Jésus, tandis que les Actes des Apôtres et le reste du Nouveau Testament l'ignorent complètement.

Mentions de Marie de Magdala ou Marie la magdaléenne
Matthieu  Marc  Luc  Jean  
exorciséede 7 démonsde 7 démons
Croix1° de 4 femmes1° de 3 femmes4° de 4 femmes
Enterrement1° de 2 femmes1° de 2 femmes
Tombeau vide1° de 2 femmes1° de 3 femmes1° de beaucoupseule femme
Anges1° de 2 femmes1° de beaucoup
jeune homme1° de 3 femmesseule femme
Jésus1° de 2 femmesseule femme1° de beaucoupseule femme
Annonceseule femmeseule femme

Marie, sœur de Marthe

Il est tout d'abord question d'une femme qui apparaît chez Simon le lépreux, à Béthanie, et qui verse sur la tête de Jésus «un flacon d'albâtre contenant du parfum très précieux» (Mt 26:7), «un nard pur» (Mc 14:3). Pour Luc, c'est chez un pharisien qui l'avait invité qu'une pécheresse «lui arrose les pieds de ses larmes» et oignait les cheveux de parfum (Lc 7:38).

Pour Jean, c'est également à Béthanie que la scène a lieu, mais le malade est Lazare, frère de Marthe et Marie (Jn 11:2), et c'est Marie qui prend le «parfum de nard pur, de grand prix» pour oindre les pieds de Jésus (Jn 12:3), pendant que Marthe servait (Jn 14:2). Il est à noter que si pour Luc l'histoire est une façon de parler de la rédemption, c'est l'occasion pour Jésus de prophétiser sa mort prochaine selon Matthieu, Marc et Jean.

C'est donc par Jean que la verseuse de parfum très précieux est nommée: il s'agit de Marie, sœur de Marthe et Lazare. Il en est question lors de la résurrection du frère (Jn 11:20-44), et dans l'épisode où Marie écoute Jésus tandis que Marthe s'active seule à servir et le reproche à Marie (Lc 10:39-42).

Les autres Marie

Ce nom intervient une seconde fois dans les Actes des Apôtres dans une assemblée de prière, mais elle est mère de Jean surnommé Marc. Cela peut donc difficilement concerner l'évangéliste Jean à qui Jésus a confié sa mère, puisqu'on ne dit nulle part que le quatrième évangéliste était surnommé Marc.

Il est encore question d'une Marie dans l'épître aux Romains, à qui Paul demande de saluer «Marie, qui s'est bien fatiguée pour vous.» (Rm 16:6). On ne supposera qu'il s'agit de la mère de Jésus que si on est capable d'imaginer qu'elle a entrepris le long voyage jusque dans la ville éternelle.

Les autres femmes

Très peu de femmes nommées ne s'appellent pas Marie parmi les suivantes de Jésus. Outre Marthe la sœur de Marie, une Salomé est témoin, avec d'autres femmes dont deux Marie, de la mort (Mc 15:40) et de la résurrection (Mc 16:1-8) de Jésus. Si ce prénom n'apparaît que deux fois dans le Nouveau Testament, la tradition chrétienne nomme Salomé la fille d'Hérodiade, qui avait si bien dansé pour son beau-père Hérode qu'elle avait le droit de lui demander ce qu'elle voudrait. Sur proposition de sa mère, elle demande la tête de Jean le baptiste, qu'on lui amène sur un plateau (Mt 14:6-11, Mc 6:21-28). Mais rappelons-le, les évangiles ne précisent nulle part le nom de la princesse-danseuse.

Luc mentionne encore une Suzanne, et plus étonnamment une Jeanne, femme de Chouza, intendant d'Hérode, qui assistent les apôtres (Lc 8:3). Or cette dernière remplace, dans le récit de Luc, la Salomé de Marc comme témoin de la résurrection de Jésus (Lc 24:1-10), ce qui nous donne un curieux rapprochement, d'autant plus que l'historien Flavius Josèphe (37-100) mentionne une princesse Salomé fille d'Hérodiade et d'Hérode.

Dans l'Ancien Testament

Il existe une Miryam dans le Pentateuque. Sœur d'Aaron et prophétesse, elle forme avec d'autres femmes un chœur de danse pour remercier Yahvé d'avoir refermé la mer sur les cavaliers égyptiens lors de la fuite d'Égypte (Ex 15:20-21). Elle est ensuite punie par Yahvé de sept jours de lèpre pour avoir (avec Aaron) critiqué Moïse d'avoir pris une kushite pour femme (Nb 12:1-16).

Cette Miryam serait tout de même la sœur de Moïse, puisque qu'Aaron est dit plusieurs fois le frère de Moïse (Ex 7, Ex 28).

Il y a lieu de s'interroger au sujet d'un nom si rare dans la bible juive, mais si courant dans les évangiles.