Notes de lectures sur les religions

Le réenchantement du monde

Peter L. Berger et allii, Bayard, 2001

Le sociologue des religions Peter Berger (1929-2017) se démarque de sa croyance, plus de 20 ans auparavant, en une sécularisation accrue du monde et en son «désenchantement» (abandon du magique) prévus par Max Weber. Pour un rejet empirique partiel de cette affirmation, voir cette page.

Il est a noter que chacun des contributeurs est culturellement très proche de la religion dont il parle: par exemple, Georges Weigel est auteur d'une hagiographie sur Jean-Paul II et Jonathan Sacks est le grand rabbin de Grande-Bretagne et du Commonwealth. Si cela ne constitue pas en soi une preuve de manque d'objectivité, cela trahit peut-être un souci de consensualisme de la part du directeur de l'ouvrage.

Sommaire:


Pour en finir avec Dieu

Richard Dawkins, Robert Laffont, 2008

Aimablement transmis par Lordius

Publié en 2006, cet essai vibrant de 400 pages sur la religion, ou plutôt contre la religion, est l'œuvre d'un biologiste britannique de renommée mondiale, athée fanatique, si l'on me permet cet oxymoron.

Le ton tourne parfois au pamphlet et quelques passages sont inévitablement longs ou abscons. Néanmoins, l'érudition de l'auteur (plus de 200 ouvrages en référence) et la pertinence de nombre d'idées sont véritablement percutantes, pour celui qui n'est pas aveuglé par les dogmes religieux qui ont pu l'endoctriner durant son enfance.

Je vais juste mentionner l'idée centrale du livre qui explique pourquoi Dieu a, selon Dawkins, très peu de chances d'exister.

Certains créationnistes invoquent l'étonnante complexité et sophistication de certains organes ou composants animaux (yeux, ailes, système immunitaire, etc…) pour dire qu'il est impossible que de telles merveilles soient arrivées là par hasard. Ce ne peut donc être que l'œuvre de Dieu. Non, en effet, nous explique le biologiste Dawkins, spécialiste de la théorie de l'évolution, ce n'est pas dû à la chance. Ces organes merveilleux sont le fruit d'une très lente évolution basée sur la sélection naturelle (découverte par Darwin du XIXème siècle et amplement étayée par la science depuis). Ce n'est pas arrivé d'un coup mais très très progressivement avec beaucoup de ratés et fausses routes, ne laissant aucune place à la chance ni à une quelconque intervention surnaturelle.

Ensuite, Dawkins examine les facteurs qui permettent à une planète de développer la vie. Il faut un certain nombre de facteurs contraignants: de l'eau, être à bonne distance du soleil (pas trop près, pas trop loin), une grosse planète (Jupiter) dans les environs pour faire aspirateur à astéroïdes qui sinon dévasteraient notre planète, et d'autres conditions encore. Là, l'évolution ne peut rien. Alors disent les religieux, seul Dieu a pu créer tant de conditions favorables. Faux répond Dawkins. Il y a au moins un milliard de planètes dans notre galaxie. Et au moins un milliard de galaxies dans l'univers. Statistiquement, il y a donc une très forte probabilité que l'univers possède plusieurs planètes comme la nôtre, aptes à développer la vie, sans intervention surnaturelle.

Enfin, reste l'épineux problème de la création de l'univers, sur lequel nous manquons encore de données précises comme on peut s'en douter, le phénomène s'étant produit très loin d'ici il y a 13 milliards d'années.

Les physiciens se sont aperçus qu'il existe six nombres de la physique qui sont «réglés» juste à la bonne valeur pour qu'il puisse y avoir de la vie dans l'univers. Par exemple, une constante physique concernant la fusion nucléaire. Elle est 0,007 pour tout l'univers. Si elle était à 0,006 ou 0.008, il n'y aurait pas de vie.

Ah, ah! jubilent les croyants, c'est impossible que ce soit arrivé par hasard. C'est forcément la main de Dieu.

Non, rétorque Dawkins pour deux raisons. D'abord si on imagine qu'il y a un être intelligent et très puissant qui a «titillé» les six boutons réglant les constantes physiques, alors cet être est très complexe. Répondre que c'est Dieu qui a lancé l'univers, ne simplifie pas le problème mais au contraire le rend encore plus complexe et improbable. Il est infiniment plus improbable qu'il y ait un super-créateur que simplement six constantes à la bonne valeur. Après tout, si on se dit par simplification excessive: «Dieu est, point!» autant se dire «Les six constantes sont à la bonne valeur.»

D'autre part, la recherche récente en cosmologie et physique propose deux nouvelles théories intéressantes:

Selon la théorie de l'expansion-contraction, l'univers a une durée de vie de vingt milliards d'années. Il y a eu le big-bang, l'expansion. Vient ensuite la contraction de l'univers qui se termine par le big-crunch qui est l'opposé du big-bang. Ensuite un nouvel univers démarre. Selon cette théorie, un nombre quasi-infini d'univers peuvent se suivre dans le temps, en série. Selon la statistique (et le bon sens), la probabilité est forte que l'un de ces univers ait les six constantes à la bonne valeur. Ce serait le cas du nôtre.

L'autre théorie, c'est celle du multivers. Selon certains physiciens, il y aurait de très nombreux univers qui existeraient en parallèle. Là aussi la probabilité est forte que l'un d'eux possède les six bonnes valeurs. C'est le nôtre.

Bon, c'est un sujet très compliqué, et je ne suis pas sûr d'avoir bien expliqué mais vous voyez un peu le topo. En conclusion, je conseille la lecture de cet ouvrage passionnant. Les agnostiques deviendront athées, les athées seront renforcés dans leurs convictions, et les croyants se poseront des questions légitimes.

Lordius


dieu.com

Danièle Sallenave, Gallimard, 2004

Les communautarismes, parmi lesquels un retour frileux ou haineux vers les religions, sont la principale cible de cet essai. Rien n'est acquis dans le monde au sujet de la démocratie et de la laïcité – il serait dangereusement naïf de le croire ‐ et le laisser-aller actuel dans la défense des valeurs universelles favorise l'émergence de forces réactionnaires, dont les idées se propagent à grande vitesse.

L'islamisme, que tout le monde semble pointer, ne doit pas nous empêcher de voir que le problème est bien plus large: témoins la référence au christianisme dans la constitution européenne, la croisade américaine, les revendications autonomistes et exclusions, voire épurations ethniques.

L'auteure aurait pu insister davantage (seconde moitié du chapitre 6) sur un autre genre de communautarisme, qui passe d'autant plus inaperçu qu'il semble naturel: le sexisme, qui renaît de plus belle (voir l'énorme succès des délires sur fond de Mars et Vénus). Il s'agit pourtant bien d'un racisme, au sens que la biologie est constamment invoquée pour convaincre les naïfs (et naïves) que femmes et hommes sont d'extractions différentes.

Sommaire:

  1. Soudain l'Islam
  2. La république est en danger!
  3. Clash des civilisations ou choc en retour?
  4. La victoire des Mercedes sur les Trabant
  5. Pornographie funèbre
  6. Retour à la tribu
  7. L'Europe et le voile de Marie
  8. La tolérance, autre nom de la guerre
  9. dieu.com
  10. Bref éloge de l'athéisme

Christianisme et paganisme du IV° au VIII° siècle

Ramsay MacMullen, Les Belles Lettres, 1998

Il a fallu la volonté des empereurs, les milices chrétiennes, beaucoup d'interdictions et quelques siècles pour éradiquer les cultes païens de l'antiquité tardive. Cela ne s'est pas fait sans en adopter les croyances et les «superstitions», d'où la multiplication des saints et des ex-votos à partir de la fin du IV°, lorsque la religion est devenue obligatoire sous Théodose.

On y apprend par ailleurs que l'Égise naissante s'est très bien accoutumée des coutumes romaines, l'évêque Félix (v511-582, évêque en 548) ayant par exemple possédé des esclaves.

Le texte s'étend sur 191 pages, les notes sur 122 pages, la bibliographie sur 36.