Discussion sur le projet toki pona

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I

L n'est pas question de remettre en question l'idée originelle et originale d'une langue avec un vocabulaire de base des plus restreints: c'est ce qui fait son intérêt. Il est néanmoins possible de vérifier si le projet initial est atteint.

L'idée globale me semble très intéressante: il s'agit bien d'une «langue (presque) apprise en un week-end», surtout lorqu'on connaît l'anglais et le français. La réduction du nombre de mots et leur composition avec la particule de séparation hiérarchique pi permet de composer beaucoup de concepts de trois ou quatre mots (100x100x100 pour trois mots, à multiplier par deux en cas d'utilisation du pi).

Les autres particules pour délimiter les fonctions grammaticales (compléments), et notamment la qui permet une mise en situation et donc une condition, sont très heureuses, comme la coupure d'une phrase complexe avec le mot cela (ni) suivi de deux points (:).

Il est toutefois à noter que si les imprécisions ne sont pas souvent importantes (même le lojban invite à ne pas expliciter l'implicite), certaines auraient pu être facilement levées. Par exemple, mi signifie «moi» ou «nous», mais il n'est pas possible de le préciser parce que le li qui sépare normalement le sujet du verbe n'est pas utilisé après les pronoms personnels. Impossible de dire «moi seul·e» (mi wan), «nous deux» (mi tu) ou «nous nombreux» (mi mute) parce que cela signifie (également?) «j'unis», «je sépare» ou «je multiplie». Rien n'interdit cependant d'utiliser quand même la particule li: mi li wan pour «j'unis» ou mi wan li + verbe pour «moi seul·e», mais cela n'a pas été prévu comme cela. Peut-être que la nécessité amènera l'usage.

Choix des sons

Voyons la répartition des syllabes dans le lexique.

Décompte des syllabes des mots du toki pona

7 a3 ja9 ka10 la8 ma9 na11 pa5 sa5 ta6 wa=71 ~a
2 an1 jan1 nan1 pan1 tan1 wan=7 ~an
2 e4 je4 ke3 le3 me1 ne2 pe4 se6 te2 we=31 ~e
1 en2 ken2 len1 pen1 ten2 wen=9 ~en
3 i6 ki13 li3 mi4 ni7 pi9 si3 wi=48 ~i
1 in2 kin3 lin1 pin3 sin=10 ~in
5 o2 jo3 ko7 lo3 mo2 no4 po5 so2 to=33 ~o
1 kon1 lon1 mon=3 ~on
2 u4 ku4 lu3 mu1 nu3 pu4 su1 tu=23 ~u
1 un1 mun1 sun=3 ~un

Nous appellerons syllabe unité sonore composée d'une voyelle (seulement en début de mot, comme e de «esun») ou consonne+voyelle (ka de «pakala»), cette syllabe peut se terminer par un n final (ten de «tenpo»).

Le lexique est composé de 241 syllabes pour 126 mots. 85 mots sont bissyllabiques, 26 sont monosyllabiques et 15 mots trisyllabiques.

Pour des raisons d'intelligibilité de la prononciation, seul les consonnes dures ont été utilisées. Mais l'utilisation d'un n final rend cette idée assez caduque: en cas de bruit ambiant, il n'est pas certain distinguer deux syllabes ne différent que par le n final.

Par ailleurs, le séparateur verbe/objet li est la syllabe la plus utilisée dans les autres mots (12 fois sur les 240 syllabes des autres mots). Elle est de plus utilisée dans les mots très utilisés comme ali (tout), lili (petit), suli (grand), meli (femme), pali (faire)...

Une seconde syllabe très utilisée est la, qui revient neuf fois en dehors de son utilisation comme séparateur de contexte (les locutions adverbiales), pour des mots un peu moins importants il est vrai, sauf pour ala (négation et zéro): lawa (tête, mener), laso (bleu), lape (repos)...

Le séparateur de composition des mots, pi, intervient encore dans d'autres mots assez importants, comme pilin (sens) et pini (finir).

La réservation d'une syllabe pour chaque séparateur aurait rendu la structure de la phrase plus évidente.

Notons en outre que la syllabe des séparateurs li et pi se retrouvent doublées dans deux autres mots: pipi (insecte ou araignée) et lili (petit). Il est donc possible de voir une même syllabe répétée quatre fois dans une même phrase:

soweli lili li moli. · Le petit mammifère meurt.
lawa pi pipi pimeja. · La tête de l'insecte noir.
tawa wawa wan. · Vers la puissance unique.

L'accent tombant sur la première syllabe de chaque mot, ceux-ci devraient cependant sembler séparés les uns des autres.

classement selon les syllabes initiales classement selon les syllabes finales
a
akesi
ala
alasa
ali
anu
awen
jaki
kala
kalama
kama
kasi
la
lape
laso
lawa
ma
mama
mani
namako
nasa
nasin
pakala
pali
palisa
pana
pata
samataso
tawa
walo
waso
wawa
alinja
pimeja
luka
noka
poka
weka
la
ala
kala
pakala
utala
ma
kalama
kama
mama
sama
nena
ona
pana
pona
sina
sona
anpa
lupa
nanpa
supa
unpa
alasa
insa
nasa
palisa
monsuta
pata
uta
lawa
tawa
wawa
anpa
ante
jannanpapantanwan janpantanwan
e
esun
jelokepekenletemelinenaseli
selo
seme
sewi
teloweka eloje
mije
ike
sike
kule
wile
semelapeante
kute
lete
mute
enkenlentenpo enken
kepeken
len
sitelen
openawen
kiwen
ijo
ike
ilo
kili
kipisi
kiwen
li
lili
lipu
mi
mije
ni
nimi
pi
pilin
pimeja
pini
pipi
sijelo
sike
sina
sitelen
wile jaki
poki
toki
li
ali
kili
lili
meli
moli
pali
seli
soweli
suli
mi
nimi
mani
pini
pi
pipi
akesi
kasi
kipisi
monsi
musi
sewi
suwi
insakinlinjasin
sinpin
kin
lukin
olin
pilin
sinpinsin
nasin
o
oko
olin
ona
open
jokolojemoku
moli
nokapoka
poki
pona
sona
soweli
toki
tomo
ojo
ijo
ko
namako
oko
ilo
jelo
selo
sijelo
telo
walo
tomosunotenpolaso
taso
waso
konlonmonsi
monsuta
konlon
uta
utala
luka
lukin
lupa
kule
kulupu
kute
mu
musi
mute
pusuli
suno
supa
suwi
tu mokumuanupu
kulupu
lipu
tu
unpamun munesun

Ambiguïtés phonétiques

Relevons ces mots très proches:

basanpa - nombrenanpaobj. dir.e - etensubstance semi-solideko - gazkonsépar.li - petitlilicéréalepan - donnerpananég./rienala - récolte/chassealasaboucheuta - batailleutalaactivitépali - bâtonpalisaaccidentpakala - ce qui nagekala - sonkalamasépar.pi - senspilin - fin/passépini - insectepipitêtelawa - forcewawa

Buts philosophiques

La référence à la thèse Sapir-Whorf («les limites d'une langue implique une limitation de la pensée») est assez originale: plutôt que de rechercher la précision (et la complication) comme les langues construites Loglan/Lojban ou Ithkuil afin de réfléchir au mieux, le toki pona veut simplifier la langue pour apprendre à réfléchir plus simplement, et donc plus profondément.

La justification de la simplicité par un principe du tao concerne surtout l'auteur. Tant mieux si c'est ce qui lui a permis de mener son projet à bien. L'équivalence «simple=bon» en est peut-être la plus tangible.

Plus que le taoïsme, que l'on perçoit à peine dans les proverbes illustrés qui mélangent les vérités du dalaï lama et les conseils de coach issu du nouvel âge, c'est plutôt le monothéisme qui transparaît dans Le Livre du Toki Pona. Le langage du bien, les seuls textes présentés émanant des écrits de quatre religions monothéistes: judaïsme, christianisme, islam et bahaiisme. Il y a un siècle, l'exemple canonique était le Notre Père. Actuellement, on utilise plutôt l'article premier de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.

Manques possibles

Directions

Il semble difficile de traduire gauche ou droite. On pourrait penser à main bonne mainluka bon/simplepona et main mauvaise mainluka malike, ce que signifie plus ou moins droit et gauche. Afin de ne pas discriminer les gauchers, «main du coeur» mainluka sentirpilin a été proposée, ce qui ne règle pas le problème de la main droite. De façon plus discriminatoire encore, mainluka hommemije pour la droite puisque l'hémisphère cérébral gauche, logique, contrôle la main droite ; mainluka femmemeli pour la gauche, contrôlée par l'hémisphère droit, intuitif. Mais il faut dans ce cas adhérer à la théorie des deux hémisphères et être persuadé que les hommes sont plus logiques et les femmes plus intuitives.

Pour le nord et sud, quel que soit l'hémisphère terrestre, on pourrait tenter hautsewi pi cerclesike terrema, le «haut du globe terrestre» (Pôle nord), basanpa pi cerclesike terrema pour le sud, et peut-être originetan soleilsuno pour l'est.

Ressources Internet discutables

Les liens du site officiel pour acheter l'ouvrage (anglais, français, éventuellement au format e-pub) pointent tous sur Amazon, qui n'est pas connu pour être une entreprise très sociale.